mercredi 6 avril 2016

Miroir, qui est la plus belle?


Je suis devant mon miroir. Je jette un coup d'œil accusateur à cette nouvelle silhouette que j'apprivoise progressivement. Un peu de ventre, des poignées d'amour, des fesses plus charnues... Sûrement une demi taille en plus, et ces 5 foutus kilos que je ne perds toujours pas. Et dire qu'il y a quelques mois, je m'apprêtais à rencontrer ma fille... J'étais bien loin de m'imaginer devant la glace, sept mois plus tard, en train de sonder le moindre caractère de mon apparence.
Non... À cette époque, je me revois le bidon proéminent, la fatigue à son paroxysme. Je suis dans l'attente, et impatiente d'avoir mon bébé dans les bras. J'idéalise ma vie de femme / maman, ignorant sûrement la difficulté de se réapproprier son corps après bébé, de réapprendre à l'aimer et à le mettre en valeur.

Et puis, je me revois à nouveau, deux jours après l'accouchement, à la maternité, lorgnant mon corps post-partum depuis le miroir de la petite salle d'eau de ma chambre. À ce moment, je me rappelle m'être sentie vide, comme si donner la vie équivalait à donner toute sa vitalité. Il est certain qu'après deux jours de travail et de contractions, j'allais perdre ma forme olympique. Mais au fond de moi, je savais que ce sentiment était plus profond que cela... Je regardais ma fille dormir paisiblement sur son petit couffin, les poings fermés, emmitouflée malgré la chaleur de l'été indien. C'était donc ça le but de tout ; assurer une postérité, en fondant tous ses espoirs sur un petit être pur et magnifiquement innocent.  Et j'étais là, à la fois ravie de pouvoir revoir mes pieds mais aussi nostalgique de ces moments d'introspection, où mon propre corps avait pour seule mission de loger le grand amour de ma vie. C'est magnifique la Nature, bien assez pour nous dépasser. Je dirais même que souvent, au delà de toute attente, elle nous transcende. 

Alors quand parfois, je me regarde d'un air accusateur parce que j'ai perdu mon corps de jeune femme athlétique, une petite voix n'hésite pas à me rappeler combien ce que j'ai réalisé est magnifique. Si l'adage très répandu dit que l'on donne de sa beauté à son enfant, il faut rajouter qu'en contrepartie ce dernier nous prodigue l'expérience la plus enrichissante jamais vécue jusqu'alors, qui vaut bien le coup d'être marquée à jamais. Alors j'ose admettre que si mon corps a été le seul véhicule permettant à ma fille de faire son passage sur notre belle planète Terre, il n'en reste pas moins respectable. Bien au contraire, j'en suis fière. J'ai su l'écouter, m'écouter tout au long de ces neuf mois de grossesse, et cette symbiose s'est ressentie pendant mon accouchement. Malgré la fatigue, la douleur, j'ai tout donné... et la Nature m'a donné en retour le plus beau présent jamais escompté...
Porter la vie, cela n'est pas sans concession. Et pour autant, malgré ces petits "défauts" à jamais inscrits en moi, je ne regrette absolument rien de tout cela. Devenir mère m'a permis tout simplement de ne plus être autocentrée, et bien que j'aime toujours autant prendre soin de moi, je pense que le fait de me soucier d'un être autre que moi-même m'a rendue beaucoup moins superficielle. De ce fait, je me sens comme en total décalage avec la personne que j'ai pu être, et certaines autres que j'ai pu côtoyer.

Et pour finir, si je devais faire une déclaration à mon corps... ce serait celle ci.
"J'aime ce que tu es, ainsi que ce que tu incarnes. Tu n'es pas parfait au sens superficiel du terme. Tu n'es plus aussi tonique qu'avant. Certes, tu es un peu plus difficile à vêtir, où peut être bien que c'est moi qui ai changé de style. Mais dans tous les cas, sache que tu n'en es pas moins beau. Tu mérites que je te respecte, et ces tatouages naturels sont magnifiques. Ils sont les seuls à t'avoir permis de réaliser une prouesse des plus merveilleuses. Tu as donné la vie. Donné un sens à tout ça. À ton monde, à tes soupirs. Et rien que pour cela... Merci,  et pardon car parfois j'ai douté de tes capacités à gérer tout cela. Pardon car certains jours je te dévisage comme l'adolescente que j'ai été. Oui, je m'excuse si certains jours je suis beaucoup moins reconnaissante car il m'arrive de replonger dans cet autoflagellation stérile que nous impose cette société beaucoup plus néfaste que bénéfique. En tout cas ne t'en fais pas, car j'ai à mes côtés, la plus merveilleuse des personnes, qui ne cesse de me rappeler combien il est important de te respecter et combien tu es beau à ta manière. Et du fond du cœur, merci. "

A toutes celles qui ont donné la vie... cet exercice s'applique à vous également ;)

Une maman ordinaire. 

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