samedi 5 mars 2016

Lettre à la jeune fille que j'ai été


Je me suis souvent demandé ce que je ferais si je trouvais la machine à remonter le temps. Bien souvent, on a tendance à se dire « si j'avais su j'aurais fait autrement », ou regretter certains de ses choix. Mais personnellement, si je pouvais revenir en arrière, voilà ce que je me serai dit.
Il y a quelques années en arrière, cette lettre m'aurait surprise, et je n'aurais jamais pensé que ces mots sortiraient de ma tête comme une évidence. Mais les voici.



Chère petite Inès,

Tout d'abord, laisse moi te dire que cette vie sera bien à des années lumières de celle que tu espères et que tu imagines. Et ce, je l'entend autant en bien qu'en mal. Tu vas vivre certaines expériences, des plus douloureuses aux plus agréables, et si certaines tu les auras provoquées, d'autres arriveront alors à ton insu. 
Je sais que tu rêves de strass et paillettes, ainsi que du prince charmant, mais un beau jour tu souffleras tes vingt et une bougies, et tu décideras de te réveiller de ce cauchemar que tu t'imposes. Dès lors, après une longue bataille spirituelle, tu prendras « la pilule rouge » et tu comprendras que tes rêves d'enfant ne sont que le fruit d'une ambition inculquées par la société, qui t'a conditionnée comme on formate un enfant soldat pour faire la guerre. Tu n'auras d'autres choix que de poursuivre des études qui te plairont  même si elles seront bien moins alléchantes que la vie de princesse que tu imagines le soir avant de t'endormir.  
A un certain stade de ta vie, tu auras aimé la mauvaise personne au mauvais moment, tu sais, du genre qui te plombe cette once d'estime de soi planquée au fin fond de ton être, et qui te fera croire que cette petite fille que tu as jadis été, est morte et enterrée. Oui car les garçons ne sont pas toujours gentils, et même si tu veux faire la paix, celui que tu penseras être le bon mènera à ton encontre une guerre continuelle et injuste. Il te faudra redoubler d'effort, et puiser en toi l'énergie indispensable à ta survie pour sortir la tête de l'eau. Parfois, tu auras plus l'impression de survivre qu'autre chose et certains jours tu toucheras le fond des abîmes. Ne sois pas inquiète, tu passeras ces caps tant bien que très mal. Car tu resteras courageuse et téméraire, même si la vie affaiblira certaines de tes capacités. Tu t'accrocheras à toutes formes d'espoir, ça fait partie de ton caractère. C'est ce qu'on appelle communément « l'école de la vie ». Ça fait mal, on croirait même en crever. Puis un beau jour, ça passe, comme par enchantement parce qu'il faut se battre pour obtenir ce que l'on veut. 

Plus tard, tu feras de belles rencontres amicales, et tu auras le soutien inespéré de tes proches après les avoir perdus de vue. Oui, il faut que tu sache que tu seras parfois seule. Même dans les moments les plus sombres de ta vie. Car c'est ainsi le monde des adultes ; parfois, les promesses d'antan laissent place aux reproches et à la frustration de ne pas courir aussi vite que le temps lui-même. Mais rassure-toi, ce fossé qui sépare les adultes est tout sauf intangible. Même s'ils sont trop préoccupés à capturer des chimères, il restera toujours cette chose magnifique capable de les unir à nouveau: l'amour.
Ressourcée d'avoir retrouvé les tiens, la chance tournera. Puis, un beau jour, à l'aube de tes vingt trois printemps, tu rencontreras ton prince charmant. Tu seras chanceuse, car ce n'est pas le cas de toutes les princesses de ton âge. Il ne sera pas parfait, il aura un caractère de cochon et parfois même il t'exaspérera. Néanmoins, il sera capable d'une prouesse qui lui est propre : il te ramènera à la vie. Il dira ce que tu as toujours rêvé d'entendre et te regardera comme personne ne t'aura jamais regardé. Il sera ta bouée de sauvetage, et tu lui rendras la pareille. Vous vous serez trouvés.

Il te fera une petite fille, et tu seras heureuse. Le bonheur, je tiens à te le dire, ce n'est pas quelque chose qui va de soi. Souvent on ne sait pas que l'on nage dedans. On ne se rend pas toujours compte de la chance que l'on a. En réalité, c'est comme si ça se méritait. Il est fait d'épreuves mais jamais il ne te fera douter. Tu le trouveras dans des moments de fou rire avec ta famille, dans le contact avec celui que tu aime, dans cet instant de grâce que tu vivras le jour où tu mettras au monde ta petite fille et que tu changeras de statut.  Tu comprendras mieux Maman, ce qu'elle a traversée et tu t'en voudras de lui avoir reproché des choses futiles. 
Tu te rendras compte aussi, que même si les parents ne sont pas parfaits, même si Maman n'est pas surhumaine, qu'elle s'est parfois trompée à ton égard ; tu réaliseras qu'elle a fait ce qu'elle a pu. Et que pour cela, elle est une personne merveilleuse. Un jour, tu la prendras dans tes bras, malgré le fait qu'elle ait pu parfois te faire de la peine. Et tu la remercieras tout simplement pour tout ce qu'elle a fait, ce qu'elle n'a pas pu ou  voulu faire. 

Une fois mère, ce sera à ton tour d'improviser. Certains jours, tu seras confrontée à tes propres limites, à tes désirs cachés de liberté hypothétique, à ta fatigue, à la sienne, à vos disputes de jeunes parents en deuil du jeune couple que vous incarniez. Mais si tu te poses les bonnes questions, et si tu t'en remets à ton instinct tu comprendras... Ce qui te frappera le plus d'une part, c'est que tu retrouveras dans les yeux de ta fille ce que tu avais perdu alors depuis quelques années : la certitude. La certitude d'avoir trouvée ta place dans cet univers, aussi vaste qu'intimidant. La certitude d'avoir trouvé un sens à tes pas, à tes mots, à tes regrets. Tout ce que tu auras enduré jusqu'alors trouvera un sens équivoque. D'autre part, c'est cette même certitude qui fortifiera ta confiance en toi et ENFIN tu n'accepteras plus jamais que quiconque s'interpose et tente de troubler notre équilibre. Oui, car tu ne penseras plus seulement à « je », mais bien à « nous ». Tu apprendras à partager, à donner de ta personne et à ne réclamer rien en retour. Tu arriveras à avorter tes nuits pour que les siennes soient les plus agréables possible, et à ne plus te focaliser sur ton apparence.

Tu trouveras le chemin du paradis dans ses sourires, dans ses mains tendus vers le ciel qui t'appelleront pour que tu la berce. Tu trouveras dans ses airs de famille ton père absent, ainsi que tes racines  à travers son regard.
Elle sera la meilleure partie de toi, de lui, de nous. Tu comprendras alors pourquoi tu es passée par toutes ces étapes, pourquoi tu as abandonné tes rêves d'enfant, pourquoi tu n'as pas donné suite à certaines ambitions. Que ces sacrifices étaient simplement une condition sine qua none au rendez-vous de ta vie. A la rencontre du bonheur. A ton bonheur. Le nôtre. 


Continues de croire en toi. Ne laisse personne te dire que tu es incapable de faire quoique ce soit qui te tienne réellement à cœur. N'aies pas honte d'être qui tu es, car rien ni personne ne peut l'incarner mieux que toi-même.
N'en veux pas aux personnes qui te décevront. La rancœur est un sentiment qui puni celui qui le ressent, car elle a cette capacité de le priver de toute plénitude.
N'essaie pas de plaire à des personnes qui sont fausses et qui ne cherchent pas à voir ce qu'il y a de bien en toi. Celui qui refuse d'être ton allié ne mérite pas ton attention, aussi populaire soit-il (elle). 
Et surtout , ne regrette rien. N'oublie pas que tu as le droit à l'erreur et que c'est cette même expérience de la vie qui pave cette route qui te mène à eux. 

Courage, et vis. Inconditionnellement seulement.
Signé: Celle que tu seras demain.



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